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Quand l’Occident découvre le thé

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Le thé a été adopté depuis les temps les plus reculés en Asie, mais les Occidentaux ne l’ont découvert qu’au début du XVIIe siècle, même si certains voyageurs avaient déjà mentionné la plante dans leurs récits.

Les Portugais seraient les premiers à avoir importé du thé en Europe, mais la diffusion de la plante sur le vieux continent s’affirme surtout avec les Hollandais, qui commencent à faire venir du thé de leur territoire de Java au tout début du XVIIe siècle. Cependant, la consommation de thé aux Pays-Bas n’est attestée qu’à partir de 1637 et se développe surtout dans les années 1640. Les Français débutent l’importation de thé en 1700 et utilisent d’abord principalement la plante comme un produit médicinal, qui reste très coûteux. Mazarin, notamment, utilise le thé pour se prémunir contre la goutte !

La date d’apparition du thé en Angleterre reste imprécise. Les Hollandais l’y introduisent « officiellement » en 1645, mais le thé devait déjà être connu dans le pays. L’infante portugaise Catherine de Bragance (1638-1705), qui épouse Charles II en 1662, apporte non seulement Bombay et la liberté de commerce avec l’Inde dans sa dot, mais elle aurait aussi popularisé dans sa nouvelle patrie la consommation de thé, une habitude acquise dans son pays natal.

Le thé profite aussi en Angleterre de la mode des coffee-houses, dont certaines proposent également du thé. Les coffee-houses sont d’abord réservées aux hommes, mais la boutique du Golden Lyon prend l’initiative d’offrir aux dames la possibilité de consommer une tasse de thé. Le succès est au rendez-vous !

La puissante Compagnie des Indes Orientales britannique obtient rapidement le quasi-monopole du commerce de la plante à partir de la Chine. Ses concurrentes européennes importent principalement le thé pour le revendre en Grande-Bretagne, en contournant le monopole de la Compagnie et la contrebande est très active, tout comme le commerce de faux thés, voire le commerce de feuilles de thés usagées et reconditionnées ! Pas forcément idéal pour le palais ou pour la santé…

Les Chinois, constatant le succès du thé, comprennent les enjeux financiers de ce commerce. Ils imposent dès lors des prix prohibitifs et un accès limité au seul port de Canton. Les Anglais ripostent en faisant entrer en Chine, depuis leurs colonies indiennes, du coton et surtout de l’opium, qui fera des ravages (à ce sujet, on pourra lire ou relire l’album d’Hergé, Les aventures de Tintin, Le Lotus Bleu). Et il est certain que l’enthousiasme britannique pour le thé ne baisse pas malgré les contraintes, encourageant l’Empire à développer ses propres plantations en Inde. Mais cela est une autre histoire… A suivre !

Catherine de Bragança, the tea drinking Queen ?

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Catarina de Bragança, Princesse du Portugal, épousa Charles II d’Angleterre en 1662 pour favoriser l’indépendance du Portugal vis à vis de l’Espagne. Il est très probable que ce soit elle qui ait introduit le thé, Chà en portugais, à la cour d’Angleterre, car il était déjà consommé à la Cour portugaise.

Shocking ! Mais historique ! Dans sa dot de mariage, l’infante a apporté à l’Angleterre deux colonies portugaises  qui jouèrent un rôle important par la suite dans le commerce du thé par les anglais, la ville indienne de Bombay, et celle de Tanger ; l’accord de mariage stipulait encore qu’au cas où les Portugais réussissaient à reprendre l’île de Ceylan aux Hollandais, ils devraient partager avec l’Angleterre le traitement de la cannelle.

A l’occasion d’un anniversaire de la Reine, Edmond Waller, historiographe de la Cour, signa ce poème :

Du thé, préconisé par sa Majesté
Venus a sa myrte, Phoebus ses lauriers.
Le Thé qu’Elle entreprend de louer les deux surmonte,
la meilleure des Reines et la meilleure des herbes nous les devons
à l’intrépide Nation* qui ouvrit le chemin du plaisant Pays
du Soleil Levant, dont nous apprécions les riches produits.
Le Thé, ami des muses, en chassant les vapeurs
qui emplissent nos esprits, assiste notre imagination
et maintient ce Palais de l’âme en quiétude sereine,
à même de saluer, en son anniversaire, la Reine.