Archives de catégorie : Histoire du thé

Hommage à Charles Grey !

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Fondant au Earl Grey par Unami

Il vous faudra :

  • 2 œufs
  • 160g de sucre roux
  • 130g de Beurre
  • 40 ml d’Earl Grey of Grey fortement infusé
  • 50g de farine/ 50g de Maïzena
  • 30g de chocolat amer en poudre
  • 40g de chocolat au lait ou au caramel en petits morceaux
  • 2 c à Soupe de citrons confits coupés en petits cubes

Préparation :

  • Mélanger le sucre et les œufs.
  • Ajouter le beurre et l’Earl Grey. Vous devez obtenir une pâte bien lisse.
  • Y mélanger la farine, la Maïzena et le chocolat en poudre.
  • Pour terminer y jeter les petits carrés de chocolat et de citrons confits.
  • Faire cuire environ 8/10 min à 180°C selon votre four.
  • Vos fondants doivent encore être tremblotants au centre.
  • A déguster immédiatement à la sortie du four ou froid avec un Earl Grey of course !
  • Bon Appétit !

Une recette de Béa pour Unami

Le thé Earl Grey, que beaucoup de consommateurs croient être une variété de thé nature, est en fait un thé aromatisé à la bergamote, un agrume né du croisement de l’orange amère et du citron vert. Ce thé doit son nom à Charles Grey, second comte (Earl) Grey, (1764 –1845), Premier ministre du Royaume-Uni de 1830 à 1834. Selon la légende, un mandarin chinois, dont le fils avait été sauvé de la noyade par l’un des hommes du comte, aurait offert le mélange à celui-ci en 1803. Mais Charles Grey n’a en fait jamais mis les pieds en Chine et l’usage de la bergamote pour parfumer le thé était alors inconnu dans l’Empire du Milieu. D’après la famille Grey, le thé fut spécialement préparé par un mandarin chinois pour Charles Grey, afin de se marier avec l’eau de la propriété familiale, la bergamote permettant de neutraliser le goût de la chaux. Il se peut pourtant que le comte n’ait eu aucun rôle à jouer dans la création de ce thé, baptisé de son nom en une sorte d’hommage. Par ailleurs, les maisons Jacksons of Piccadilly et Twinnings se proclament toutes deux créatrices du thé Earl Grey pour le comte et d’après ses directives

 

La Boston Tea Party : la naissance d’un pays !

Les ultra-conservateurs américains ont repris le nom de la Boston Tea Party pour en faire le symbole de leur mouvement. Mais qu’était donc à l’origine cette fameuse Tea Party, qui a laissé une trace si importante dans l’histoire américaine ?

Le thé a connu un rapide succès en Amérique du Nord, devenant le troisième produit le plus importé dans ce qui était encore une jeune colonie. Sur la côte nord-est de l’Amérique, le thé était très populaire depuis les années 1650. En réalité, avant d’être répandu en Angleterre, il y recueillait probablement déjà tous les suffrages des bourgeois hollandais de la Nouvelle-Amsterdam, qui pris le nom de New-York en 1674. Durant les années 1760, l’Amérique importait plus d’un million de livres de thé par an, la plus grande partie passée en contrebande pour éviter les taxes dissuasives imposés par la Couronne. Cela au profit de la puissante Compagnie des Indes Orientales britannique, qui était alors mise à mal en Europe par la concurrence étrangère et cette contrebande, et qui ne pouvait qu’accueillir à bras ouverts de nouveaux marchés où elle aurait les coudées plus franches. La Compagnie a pu écouler  ses surplus en Amérique et faire de juteux bénéfices.

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La signature d’un Tea Act lui permit ainsi d’obtenir fermement le monopole de la vente de thé en Amérique. Les événements de la « Boston Tea Party » de décembre 1773 eurent lieu en opposition à cette domination abusive de la Compagnie, et marquèrent dans le même temps le début de la guerre d’indépendance américaine. Des navires anglais furent pris d’assaut durant la nuit par des « patriotes » américains déguisés en indiens, et les caisses de thé stockées sur les bateaux furent rejetées en mer. La même action fut reproduite dans d’autres ports américains, provoquant de rapides représailles de la part de la couronne britannique. Dans la réalité, ils semble que ces actes de rébellion n’aient pas été si massifs que la légende le raconte, mais ils sont néanmoins devenus un symbole de la libération américaine du royaume britannique et donc de la naissance des Etats-Unis d’Amérique.

 

Shibui, la beauté subtile de l’astringence

Si l’adjectif « astringent » s’utilise rarement en France, sauf dans des univers bien précis comme celui du vin ou du thé, son équivalent shibui est fréquemment attribué au Japon. Les dictionnaires français ne retiennent majoritairement de l’astringent que sa signification littérale, celle d’une sensation de dessèchement correspondant à un resserrement des papilles et à une constriction des muqueuses de la bouche. Mais ceci ne rend qu’une part infime de ce que sous-entend le mot en japonais. Traditionnellement, shibui évoque en effet une beauté discrète, et s’utilise encore actuellement pour désigner un homme à l’élégance sans bling-bling (shibui est rarement utilisé pour les femmes). Pour les jeunes Japonais c’est aussi un synonyme de cool.

Le seul domaine où shibui n’est pas utilisé comme un compliment est celui dont il est issu, l’univers du goût et de la cuisine. Ce qui semble logique puisque shibui évoque dans son sens premier une sensation peu agréable au palais et, qu’à l’époque Muromachi (1333-1568), shibushi désignait un goût acide ou astringent comme celui d’un kaki encore vert. Une astringence donc liée à la jeunesse, alors que shibui, lorsqu’il sera utilisé comme un compliment, sous-entendra une certaine maturité.

Les origines du shibui

Mais comment les Japonais en sont-ils venus à faire de l’astringence une qualité recherchée ? Dans son délicieux petit livre L’astringent (Editions Argol, Paris, 2012), Ryoko Sekiguchi suggère que la connotation positive associée à shibui pourrait venir de celle de shibugonomi, une esthétique née au XIXe siècle, à la fin de l’époque Edo. Le shôgunat Tokugawa engagea à plusieurs reprises des réformes économiques, notamment des restrictions vestimentaires, limitant le recours à certains motifs ou l’usage de la soie, interdisant le port de couleurs coûteuses comme le rouge et le violet… Les élégants répondirent en contournant ces contraintes, avec des kimonos sobres mais au tissage sophistiqué, des doublures somptueuses… Les tons sombres et mats furent favorisés, l’argent préféré à l’or ou la patine au flambant neuf. Cette esthétique se développa surtout dans les régions placées sous la surveillance directe du shôgunat, en particulier à Edo, la capitale politique (et actuelle Tôkyô). Les villes plus éloignées allaient garder un goût plus marqué pour les couleurs vives et la richesse apparente. Cette distinction de goût entre l’Est et l’Ouest subsiste de nos jours.

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D’une sensation gustative à une couleur recherchée

En France, la notion d’astringence est surtout utilisée dans les univers du vin et du thé. Le point commun entre kakis, thé et vin est la présence de tanins (ou polyphénols), des composés synthétisés par les végétaux pour se défendre contre les agressions environnementales (les kakis auraient développé leur astringence pour repousser les corbeaux). Ce sont les tanins qui provoquent la sensation d’astringence, et l’on parle parfois de goût tanique (ou tannique) pour désigner un goût astringent.

En Europe, les tanins étaient obtenus de diverses manières ; au Japon, ils l’étaient uniquement en pressant les kakis encore verts et en laissant fermenter leur jus brun rougeâtre (kakishibu). Un travail de longue haleine, d’autant que l’odeur très forte des tanins ne s’atténue qu’après une longue fermentation. En Occident, depuis l’Antiquité, les tanins ont bien sûr servi au « tannage » des cuirs et peaux, ou à clarifier le vin et la bière, à fabriquer de l’encre… Au Japon, les tanins et le kakishibu servaient à la fabrication d’un papier solide, résistant à l’eau, pour isoler et protéger le bois, en couche préparatoire à la laque… Partout, les tanins étaient aussi utilisés pour leurs vertus médicinales.

Pour clarifier le sake, la sauce soja ou le vinaigre, on utilisait au Japon un sac teint au kakishibu. Sa couleur brun rougeâtre, sombre et mate, allait finir par être appréciée pour elle-même. Le kakishibu devint ainsi une teinte à part entière : kakishibu iro, kakiiro, shibuiro (iro signifiant couleur). Il existe donc véritablement une couleur shibui !

Le shibui a ainsi évolué d’une sensation gustative à une notion visuelle et esthétique. Un objet shibui exprime sa beauté en toute discrétion, il est parfaitement en adéquation avec son rôle. Il a été conçu avec cœur, à la main, il bonifie avec l’âge et l’usage, sans souffrir de la mode et sans rechercher le succès. On ne se lasse pas de la fréquentation des objets et des personnes shibui, leur apparente simplicité révélant progressivement des nuances subtiles, qui continuent à évoluer au fil des années. L’élément temps joue une part importante et le shibui semble marier les opposés, unit élégance et rugosité, spontanéité et retenue.

Wabi-sabi et iki

Le japonais est riche en adjectifs et notions esthétiques. Le célèbre wabi-sabi est une attirance pour une sérénité teintée de mélancolie, un goût pour une beauté à la discrète patine (sabiru voulait originellement dire « rouiller ») ; il a largement imprégné le chanoyu, la « cérémonie » japonaise du thé, et sa sensibilité aux traces laissées par le passage du temps, sa conscience de l’impermanence qui régit le monde, sont profondément ancrées dans la poussée bouddhique (qui a d’ailleurs largement influencé le chanoyu). Ces notions sont communes au sabi et au shibumi car le shibui mais les deux ne se confondent pas totalement. Les objets wabi-sabi peuvent paraître plus austères, et leur imperfection est souvent accentuée intentionnellement.

Le shibumi est également souvent rapproché de l’iki, une notion esthétique typique d’Edo, et largement décrite par Kûki Shûzô (1888-1941) dans La structure de l’iki (traduit du japonais par Camille Loivier, PUF, 2004). Le terme est entré dans le langage courant au XVIIe siècle, décrivant un comportement plein de bravoure, non-conformiste, une décadence même. On le retrouvait dans les manières un peu abruptes des nouveaux riches, la vie flamboyante des lieux de plaisirs d’Edo. Mais l’iki évolua pour devenir l’expression d’une sensualité retenue, d’un dédain envers les signes extérieurs de richesse pourchassés par le shôgunat. L’iki reflète comme le shibui une conscience de l’impermanence, il a la finesse de qui sait dominer ses passions et saisir les nuances. L’élégance iki n’est pas seulement extérieure ; la personne iki a une élégance naturelle, l’assurance tranquille donnée par une certaine expérience des relations humaines. Mais l’iki est aussi liée à la sensualité, aux jeux de séduction, elle transparait dans l’élocution, la gestuelle, la manière de porter le kimono en dégageant la nuque ou en relevant subrepticement un pan du vêtement.

 En résumé, shibui est bien plus qu’un simple terme culinaire ou qu’une notion esthétique. Dans ce simple adjectif fusionnent des notions issues du zen, de l’histoire et de la société japonaise, de l’univers du goût et des sensations, ou de celui de l’art et de la création. Un terme décidément intraduisible en un seul mot !

Valérie Douniaux

Les noms du thé ou le thé à l’origine !

Enseigne de la Maison de Thé UNAMI à Lille 8 rue St Jacques
Enseigne de la Maison de Thé UNAMI

Le nom du thé varie bien sûr selon les pays et les langues. Mais ses différentes appellations se définissent principalement en deux grands groupes, liés aux deux routes commerciales originelles de la plante.  

L'idéogramme du mot thé en chinois
Cha

Le cha et le chai

Les premières voies terrestres de commerce du thé depuis la Chine démarrent au Sichuan et au Yunnan, et traversent le Tibet ou la Mongolie, avant de s’étendre aux différents pays d’Asie. Le mot mandarin « cha » est ainsi à l’origine du « chai » indien, persan, iranien, turc ou russe. Le Portugal, qui possède pendant plusieurs siècles un comptoir à Macao, à l’embouchure de la rivière des Perles, et va activement commercer pendant un temps avec les Japonais, désigne aussi le thé par son nom mandarin. En 1662, Charles II épousa Catherine de Bragance, une princesse portugaise, qui a probablement introduit le thé à la cour d’Angleterre !

 

Du tei au thé

La seconde voie est maritime, animée par la célèbre Compagnie britannique des Indes Orientales, et diffuse le thé en Europe depuis les ports chinois du Fujian et de Canton, où l’on désigne le thé par le nom de « tei ». Ainsi, les pays qui reçoivent le thé par la mer utilisent des mots commençant par « t ». C’est de cette façon que naissent le tea britannique, le espagnol, ou bien le thé français. Au Maroc, qui a aussi découvert le thé par la voie maritime, on parle de tây ou atây. Dans tous les cas, les noms du thé restent donc tous assez proches, malgré les différences locales et historiques, et marquent d’autant plus l’aspect universel de cette boisson, devenue la plus répandue dans le monde après l’eau !

East Indianman York et autres navires anglais 1788, huile sur toile, Musée de la Marine, Londres

Les thés du matin calme, les thés coréens

Les thés coréens sont encore méconnus, mais ils sont pourtant dignes d’intérêt. La maison Unami a donc décidé de proposer une gamme complète de thés coréens, devenant ainsi une des pionnières de la diffusion du thé du pays du matin calme en France et en Belgique.

Les thés coréens sont principalement des thés verts. Les premiers témoignages précis de la culture de la plante dans la péninsule datent de la période du Silla unifié (668-935), contemporaine de celle des Tang (618-907) en Chine. Des plants de thé auraient été introduits dans le royaume coréen par un ambassadeur de retour de la cour chinoise, au début du IXe siècle, et plantés dans les montagnes méridionales (Mont Chiri).

Le thé a dès lors été régulièrement offert en offrande à Bouddha ou aux esprits des ancêtres, mais était également consommé à des fins médicinales. Un art du thé se mit en place durant la période Koryo (935-1392). Pratiquées lors de grandes occasions (fêtes nationales, réceptions d’ambassades étrangères, hommages aux grands ancêtres), ces nouvelles cérémonies utilisèrent du thé réduit en poudre, selon le modèle chinois. Le thé était bu dans de larges bols, notamment dans les célèbres céladons, et le rituel prit une dimension aristocratique et solennelle, loin de la simplicité et du recueillement prônés précédemment.

Thés verts Coréen
Thé vert Coréen Wojeon

Durant la période Yi (1392-1910), le thé allait cependant se démocratiser en Corée, et l’infusion des feuilles remplaça le thé en poudre. Le thé devint avec le temps un élément incontournable des grands événements de la vie (passage à l’âge adulte, mariages, funérailles, commémorations, réceptions d’invités de marque…), tandis que le Palais royal abandonnait cependant presque totalement l’usage du thé pour les cérémonies, lui préférant le vin de riz. Les moines bouddhistes, par contre, restèrent fidèles au thé, et leurs cérémonies retrouvèrent la simplicité d’antan, d’autant que le thé allait faire l’objet d’un lourd impôt, qui freina sa production et sa consommation, un phénomène encore accentué par le recul du bouddhisme face au confucianisme. Les plantations de thé ne purent dès lors survivre que dans le sud.

Après ces siècles difficiles, la production de thé semble cependant connaître une nouvelle vigueur en Corée, encore principalement dans la partie méridionale de la péninsule. L’île de Jeju et la région de Hadong sont particulièrement réputées pour la qualité de leur production.

Enfin, il faut savoir que, outre sa production de thé vert, la Corée produit des « thés médicinaux » qui remportent un certain succès à l’étranger, notamment au Japon. Il s’agit en fait d’infusions, même si on leur donne le nom de thé. Citons parmi elles le yujacha, confiture de yuzu coréen que l’on fait chauffer avec de l’eau et qui est recommandée en cas de rhume ou début de grippe ; ou le saeggangcha (au gingembre) et l’insamcha (au ginseng), tous deux très dynamisants et donc à consommer avec modération ou bien encore les feuilles de lotus entières récoltées au sein du mont Jiri. Selon la médecine traditionelle coréenne, ces feuilles sont reconnues pour être relaxantes et pour aider le système de purification du sang, et contribuent également à prévenir les insomnies.

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Quand l’Occident découvre le thé

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Le thé a été adopté depuis les temps les plus reculés en Asie, mais les Occidentaux ne l’ont découvert qu’au début du XVIIe siècle, même si certains voyageurs avaient déjà mentionné la plante dans leurs récits.

Les Portugais seraient les premiers à avoir importé du thé en Europe, mais la diffusion de la plante sur le vieux continent s’affirme surtout avec les Hollandais, qui commencent à faire venir du thé de leur territoire de Java au tout début du XVIIe siècle. Cependant, la consommation de thé aux Pays-Bas n’est attestée qu’à partir de 1637 et se développe surtout dans les années 1640. Les Français débutent l’importation de thé en 1700 et utilisent d’abord principalement la plante comme un produit médicinal, qui reste très coûteux. Mazarin, notamment, utilise le thé pour se prémunir contre la goutte !

La date d’apparition du thé en Angleterre reste imprécise. Les Hollandais l’y introduisent « officiellement » en 1645, mais le thé devait déjà être connu dans le pays. L’infante portugaise Catherine de Bragance (1638-1705), qui épouse Charles II en 1662, apporte non seulement Bombay et la liberté de commerce avec l’Inde dans sa dot, mais elle aurait aussi popularisé dans sa nouvelle patrie la consommation de thé, une habitude acquise dans son pays natal.

Le thé profite aussi en Angleterre de la mode des coffee-houses, dont certaines proposent également du thé. Les coffee-houses sont d’abord réservées aux hommes, mais la boutique du Golden Lyon prend l’initiative d’offrir aux dames la possibilité de consommer une tasse de thé. Le succès est au rendez-vous !

La puissante Compagnie des Indes Orientales britannique obtient rapidement le quasi-monopole du commerce de la plante à partir de la Chine. Ses concurrentes européennes importent principalement le thé pour le revendre en Grande-Bretagne, en contournant le monopole de la Compagnie et la contrebande est très active, tout comme le commerce de faux thés, voire le commerce de feuilles de thés usagées et reconditionnées ! Pas forcément idéal pour le palais ou pour la santé…

Les Chinois, constatant le succès du thé, comprennent les enjeux financiers de ce commerce. Ils imposent dès lors des prix prohibitifs et un accès limité au seul port de Canton. Les Anglais ripostent en faisant entrer en Chine, depuis leurs colonies indiennes, du coton et surtout de l’opium, qui fera des ravages (à ce sujet, on pourra lire ou relire l’album d’Hergé, Les aventures de Tintin, Le Lotus Bleu). Et il est certain que l’enthousiasme britannique pour le thé ne baisse pas malgré les contraintes, encourageant l’Empire à développer ses propres plantations en Inde. Mais cela est une autre histoire… A suivre !

Catherine de Bragança, the tea drinking Queen ?

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Catarina de Bragança, Princesse du Portugal, épousa Charles II d’Angleterre en 1662 pour favoriser l’indépendance du Portugal vis à vis de l’Espagne. Il est très probable que ce soit elle qui ait introduit le thé, Chà en portugais, à la cour d’Angleterre, car il était déjà consommé à la Cour portugaise.

Shocking ! Mais historique ! Dans sa dot de mariage, l’infante a apporté à l’Angleterre deux colonies portugaises  qui jouèrent un rôle important par la suite dans le commerce du thé par les anglais, la ville indienne de Bombay, et celle de Tanger ; l’accord de mariage stipulait encore qu’au cas où les Portugais réussissaient à reprendre l’île de Ceylan aux Hollandais, ils devraient partager avec l’Angleterre le traitement de la cannelle.

A l’occasion d’un anniversaire de la Reine, Edmond Waller, historiographe de la Cour, signa ce poème :

Du thé, préconisé par sa Majesté
Venus a sa myrte, Phoebus ses lauriers.
Le Thé qu’Elle entreprend de louer les deux surmonte,
la meilleure des Reines et la meilleure des herbes nous les devons
à l’intrépide Nation* qui ouvrit le chemin du plaisant Pays
du Soleil Levant, dont nous apprécions les riches produits.
Le Thé, ami des muses, en chassant les vapeurs
qui emplissent nos esprits, assiste notre imagination
et maintient ce Palais de l’âme en quiétude sereine,
à même de saluer, en son anniversaire, la Reine.

Cha dao ou sadô, les Voies du thé

On évoque souvent la Voie du thé (cha dao en Chine, sadô au Japon). Mais que désigne donc cette mystérieuse expression, sur quels chemins cette voie nous conduit-elle ?

Quel que soit le parcours entrepris et le pays, la voie du thé est une voie de l’éveil, dans tous les sens du terme. Eveil physique bien sûr, grâce aux propriétés stimulantes du thé, mais surtout éveil spirituel. La Voie du thé est en effet née en Chine, et prend ses sources dans trois grands courants de pensée : le taoïsme, le confucianisme et le bouddhisme. La Voie du thé chinoise s’appuie sur trois notions essentielles : la pureté ou purification du cœur, la quiétude et le non-agir, le wuwei, tandis qu’au Japon, elle compte quatre fondements : harmonie, respect, pureté, sérénité (wa, kei, sei, jaku).

« La première tasse onctueusement humecte lèvres et gosier ;
 la deuxième bannit toute ma solitude ;
 la troisième dissipe la lourdeur de mon esprit, 
affinant l’inspiration acquise par tous les livres que j’ai lus.
 La quatrième produit une légère transpiration,
 dispersant par mes pores les afflictions de toute une vie. 
La cinquième tasse purifie tous les atomes de mon être.
 La sixième me fait de la race des Immortels.
La septième est la dernière… Je n’en puis boire davantage. »
Les sept tasses de thé. Poème de Lu Tung, Dynastie Tang (618-907).

Le thé en Chine
Le thé en Chine

Le thé et le chan, deux destins étroitement liés

Dès la dynastie des Tang (618-907), le thé est adopté par les lettrés et penseurs chinois. Le poète Lu Yu (733-804) est l’auteur du premier traité sur le thé, Le classique du Thé (Ch’a jing ou king). Ce texte préconise la préparation de la plante sans la mélanger à d’autres ingrédients et, surtout, souligne la dimension spirituelle du thé, affirmant que « lorsqu’en se consacrant au thé on s’imprègne de sagesse, de principes moraux, de vertus, qu’au moyen du thé on cultive sa nature et développe une bonne conduite, qu’on réfléchit à l’existence, qu’on médite et cherche la vérité, de façon à trouver bien-être spirituel et pureté morale, alors on atteint le royaume supérieur du thé : la voie du thé  ».

Le thé tient également une place importante dans le bouddhisme chan et suit le parcours de l’implantation du chan au Japon, où il devient le zen. Les moines japonais qui vont en Chine étudier le chan emportent dans leurs bagages le précieux breuvage, qui est leur allié pendant les longues séances de méditation. Ils l’utilisent également lors de cérémonies et jouent ainsi un rôle primordial dans le développement de la culture et la consommation du thé dans l’archipel. Un proverbe connu en Chine, « Thé et bouddhisme (chan) sont unis, thé et bouddhisme ne font qu’un ! » indique qu’ils sont liés par une relation prédestinée, une harmonie naturelle.

Cérémonie chinoise
Cérémonie chinoise

Les rituels du thé

Le thé apporté au Japon par les moines est un thé réduit en poudre et battu avec un fouet de bambou. Ce nouveau mode de préparation est apparu  en Chine sous les Song (960-1279), mais est rapidement abandonné dans l’Empire du Milieu, alors que le Japon l’adopte durablement, pour en faire la base de son rituel du thé, le chanoyu.

L'Usucha, le thé matcha léger
L’Usucha, le thé matcha léger

Que le thé soit battu ou infusé, de véritables « rituels », improprement appelés  « cérémonies » en Occident, se mettent en place en Chine comme au Japon. Ces rituels du thé ont connu avec le temps une plus grande diversification en Chine qu’au Japon, où le chanoyu (« l’eau chaude pour le thé »), codifié au XVe siècle, est toujours prédominant. Nous détaillerons dans de futurs articles les grands principes de ces apprentissages, dont le but majeur est, comme nous le disions en introduction, de parvenir à la sérénité et à la paix de l’esprit, mais qui sont aussi un prétexte à l’échange, à un moment de pause et de partage au milieu des tumultes du monde.

Valérie Douniaux ; Jean-Benoît Bourrel

L’histoire du thé, les origines

Nous avons précédemment évoqué les légendes dédiées à la naissance du thé. Maintenant, place à l’histoire ! Moins poétique mais tout aussi mystérieuse !
En effet, l’apparition de la culture et de la consommation du thé reste relativement méconnue. On sait cependant que les premiers théiers sauvages proviennent de la zone subtropicale englobant les confins de la Chine, de la Birmanie et du Laos.


Le thé comme aliment

Avant même le développement d’une véritable culture du thé, les théiers sauvages sont utilisés dans l’alimentation, et le thé reste d’ailleurs un ingrédient culinaire jusqu’aux Tang (618-907). Il est utilisé comme un légume amer, qu’on fait sauter. Il sert également à la préparation d’une mixture qui se rapproche de la soupe, et  dans laquelle on ajoute du sel, des oignons…

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Brique de Pu Er cuit

C’est probablement entre le VIe et le Ve siècles avant notre ère que se met en place la culture du thé proprement dite, d’abord dans les régions montagneuses du Yunnan et du Si Chuan, au sud-ouest de la Chine, puis également dans d’autres provinces chinoises, au sud du fleuve Yang Zi. Le thé sous forme de boisson apparaît au Si Chuan, entre le IIe siècle et le Ier siècle. Les feuilles sont compressées en briques, gâteaux ou galettes, qu’on fait chauffer pour en prélever des miettes, qui sont ensuite mises à bouillir et agrémentées d’épices, de gingembre, ou encore de sel, d’oignons… Bref, un goût encore très éloigné du thé comme on l’entend aujourd’hui !

Une potion presque magique !

On prête alors déjà au thé de nombreuses vertus médicinales, comme celles de soigner les maux de tête, de faciliter la digestion, ou même d’allonger l’espérance de vie…Une véritable potion magique ! Néanmoins, au fil du temps, le thé perd son caractère purement médicinal ou alimentaire. Célébré par les poètes, il est dégusté pour le plaisir et l’on considère qu’il favorise la paix du corps et de l’esprit.

De nos jours, les diverses grandes vertus du thé sont de nouveau mises presque sur un pied d’égalité. Le thé est consommé aussi bien comme une boisson détente, comme un petit plaisir quotidien, que comme un breuvage bénéfique pour la santé. L’aspect culinaire retrouve également une certaine popularité, les chefs rivalisant d’imagination pour intégrer le thé dans leurs créations. Par-delà les siècles, les différents visages du thé, plus ou moins présents au gré de l’évolution de sa consommation, sont donc finalement parvenus à fusionner en harmonie, pour le plus grand bonheur des amateurs !

Valérie Douniaux

La légende du thé

Pour ce premier article de notre série sur l’histoire du thé, plongeons-nous des siècles en arrière, à la recherche des origines de cette plante aux multiples vertus. Plutôt mystérieuse, la naissance de la consommation du thé a donné lieu à l’apparition de nombreuses légendes, dont voici les deux plus célèbres.

Shen Nong, le divin agriculteur

C’était il y a plus de deux mille ans avant J.-C.. L’empereur mythique chinois Shen Nong, le « divin agriculteur», décida un jour de faire bouillir de l’eau pour étancher sa soif, pendant une halte au pied d’un théier. Quelques feuilles se détachèrent de l’arbuste pour tomber dans le récipient contenant l’eau destinée au souverain, et le goût qu’elles apportèrent au liquide séduisit tellement Shen Nong qu’il ordonna la culture de cette plante à la saveur si subtile.
shen nong tea
Ce récit est peut-être une légende, mais il rappelle l’usage, toujours pratiqué en Chine, de faire chauffer l’eau avant de la boire. En effet, la médecine chinoise attribue (avec justesse) à l’eau chaude des propriétés bénéfiques pour la santé. Shen Nong est lui-même considéré comme le père de la médecine chinoise et serait l’auteur du premier traité écrit dans cette discipline. On dit qu’il testait sur lui les plantes qu’il découvrait et qu’il aurait ainsi un jour absorbé soixante-douze poisons, dont le thé aurait dissipé les effets néfastes !

Bodhidharma, le thé spirituel

Une autre légende, plus répandue au Japon, met en scène le prince et moine indien Bodhidharma (Ve-VIe siècles). Souvent représenté sous les traits plutôt sévères d’un homme hirsute, à l’épaisse barbe et aux sourcils broussailleux, Bodhidharma est considéré comme le fondateur de l’école bouddhiste chinoise ch’an, qui est devenue le zen au Japon. Bodhidharma, ayant fait vœu de rester plusieurs années à méditer sans dormir, se serait coupé les paupières pour se punir d’avoir failli à sa promesse. Le premier théier aurait poussé là où sont tombées les paupières princières…

Probablement inspirée par la forme des feuilles de thé, qui pourrait évoquer celle de paupières, cette légende est également, comme la précédente, révélatrice de certaines réalités de l’histoire et de la consommation du thé, et rappelle que ce sont les moines zen, de retour d’études sur le continent chinois, qui ont importé dans l’archipel cette plante qui allait devenir si prépondérante dans la culture japonaise.

Dans les deux cas, histoire et légende se mêlent donc pour tenter d’apporter des réponses au mystère de l’apparition du thé dans la pharmacopée et la culture chinoise puis japonaise. De beaux récits, qui prouvent une fois encore la place majeure du thé en Extrême-Orient, et qui apportent une touche de rêve bienvenue dans notre société contemporaine, aux modes de consommation devenus bien plus prosaïques.

Valérie Douniaux