Archives de catégorie : L’art du Jardin Japonais

Mon jardin Japonais (3)

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Kyôto street Niwakis de pins et de juniperus octobre 2011

Octobre et Mai, deux mois essentiels pour les pins !

Je l’ai abordé lors du post précédent : la taille est un élément essentiel dans la réalisation d’un jardin d’inspiration Japonaise (je ne le répèterai jamais assez souvent : je ne prétends absolument pas faire du Jardin Japonais). Et dans cette particularité liée à ce type de jardin, deux tailles coexistent et sont indissociables.
Celle dite de formation, et celle d’entretien.

Cette dernière consiste à avoir une action sur le niwaki afin d’obtenir une densification des masses de végétation. L’objectif étant d’avoir le graphisme si particulier du jardin nippon : des arbres avec une végétation en bout de branche, traduisant la maturité de sujets anciens et vénérables, alors qu’il n’en ont pas la réelle longévité.

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Niwaki de pin Keitaku-en garden Tennoji Park – Osaka

Le pin est sans nul doute le sujet majeur d’un jardin dit Japonais.
Il est même indispensable dans la création d’un tel tableau si l’on se réfère au SAKUTEIKI, la «Bible» en matière de création de Jardin Japonais. Ce livre, rédigé durant la période dite Heian (un peu l’équivalent de notre moyen-âge), est la première trace écrite sur le sujet du jardin. Et cet arbre y est mentionné comme étant un élément incontournable du jardin.
Ainsi, «à en juger par de nombreuses références littéraires, description de peintures et découvertes archéologiques, nous pouvons constater que certaines plantes étaient favorisées dans les jardins Heian. Parmi les arbres à feuilles persistantes, les pins rouges et noirs étaient plantés sur les îles et le long des points d’eau» – SAKUTEIKI, Une traduction moderne du jardinage japonais classique, Visions du Jardin Japonais de Marc Peter Keane.

Puisque le pin est l’une des essences importantes du jardin Japonais, je parlerai donc dans ce post de la manière dont on obtient les plateaux et coussins d’aiguilles.

Il y a deux périodes très importantes pour les pins dans ce que nous appelons la taille d’entretien : le printemps et l’automne.
Ainsi, pour les pins, octobre est un mois essentiel qu’il ne faut pas négliger… dans la mesure du possible. Car en octobre, il y a tant à faire au jardin (toutes les dernières tailles avant l’hiver et le repos végétatif, les feuilles des caducs à ramasser, le nettoyage des mousses, le bassin à préparer pour traverser l’hiver paisiblement…). Novembre demeure envisageable pour réaliser cette taille, mais il ne faut pas tarder.

La taille d’octobre sur les pins est appelée momiage. Elle vient en complément de la taille dite midori tsumi qui se pratique en mai.
Le momiage a pour but de générer une densification de nouveaux bourgeons. Nouveaux bourgeons qui devront être alors «éclaircit» par la taille… dite midori tsumi. Les deux tailles sont indissociables, on le voit bien.

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Au jardin niwaki en cours de formation Pin Blanc du Japon avant et après momiage

Le momiage a également pour but de permettre à la lumière de pénétrer jusqu’aux branches les plus basses, et ce afin d’éviter l’allongement de celles-ci de façon «incontrôlées». Mais aussi de maintenir un graphisme esthétique des plateaux et coussins. Sans cette opération qui permet à la lumière de pénétrer au coeur de l’arbre, les aiguilles jaunissent et pour finir tombent, ne laissant plus qu’une structure porteuse dégarnie, disgracieuse.

Cette taille d’octobre consiste à retirer les aiguilles pour n’en laisser que 4 paires au minimum sur chaque branche.
Cela peut paraitre drastique, car avec nos appréhensions sur le sujet de la taille, on pourrait croire mal faire.
Mais il n’en est rien. Dans le but qui nous est fixé, cette opération est même indispensable.
Pour ce faire, il suffit juste de tirer sur les aiguilles jusqu’à obtenir le nombre voulu à conserver.
C’est une opération longue et délicate qui ne peut se faire que manuellement. On tire sur les aiguilles. En aucun cas on coupe (sécateur et ciseaux restent rangés). Et puisqu’il s’agit de retirer les aiguilles des pousses de l’année, là aussi on parle de délicatesse, car les branches porteuses sont encore fragiles.

Comme beaucoup de choses au Japon, patience et temps font référence. La taille n’échappe pas à cette règle.

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Détail d’un momiage de branche
[avant, puis après l’élimination des aiguilles]

La taille de mai est appelée midori tsumi. Elle vient en complément de la taille décrite précédemment Là, il s’agit de tailler les bourgeons. On parle également de pincer (bourgeons ou chandelles).
Cette expression vient du fait que cette opération peut se faire là aussi manuellement, en pinçant entre le pouce et l’index une chandelle pour en retirer les deux tiers. Mais encore faut-il que le bourgeon soit encore mou, qu’il n’ait pas eu le temps de se lignifier. Personnellement, je préfère, et de loin, utiliser le sécateur Ki-Basami (voir la première partie du post de mai : les outils). Il me permet des coupes nettes et précises.
Cette action a pour but de favoriser une seconde pousse dans l’année. Ainsi, en «forçant» cette réaction du végétal, on obtient une densification plus rapide des plateaux, en jouant sur les réactions faisant suite à la taille momiji en lien avec la taille midori tsumi. Une dualité indissociable.

Lorsqu’on retire en pinçant ou en coupant un bourgeon de ses deux tiers environ, il faudra veiller à ne pas couper les aiguilles restantes. Là aussi, il s’agit d’une opération qui demande patience et minutie.
Au jardin, chaque taille me prend au moins deux heures. Et les sujets ne sont qu’au stade initial de leurs mises en forme…

Avec pour objectif d’approcher les splendeurs que j’ai pu voir dans les temples et jardins du Japon.

Jean-Luc

 

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Tailles sur un pin : midori tsumi et momiage.

Ce schéma tente d’expliquer ce que les tailles ont pour effets sur la branche de l’arbre

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Pin noir du Japon – Kyôto octobre 2011
détail de la structuration de la tête,
résultat des tailles pratiquées chaque année

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Niwakis de pins Kamakura Hasedera Temple

Mon Jardin Japonais !

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Jardin Gonaitei Palais Impérial de Kyôto Japon

 

Mon premier restaurant chinois à l’âge de 10 ans, mes premiers achats de céramiques «made in China», mes premiers épisodes de la série «Kung Fu» et son approche de la sagesse au travers de la méditation sereine, ou plus communément reconnu, la saga Star Wars et la récupération faite du culte du Samouraï et de leurs sabres… et surtout, ma première découverte de ce que je croyais être à l’époque un jardin japonais. J’avais 23 ans.

Et quelle claque ! J’étais en extase devant une succession de bassins, où « flottaient » gracieusement de magnifiques carpes koi. Des lanternes de granit donnaient le ton, enrichi par la présence non moins forte de bonsaï de jardin (en réalité, le terme exact est niwaki – en japonais, cela signifie « arbre du jardin » – mais nous verrons cela dans un prochain article), et la présence de gravier et de roches en lieu et place de nos pelouses traditionnelles.

J’avais trouvé ce qui depuis si longtemps faisait grâce à mes yeux sans même le savoir : le Japon. Ce Japon qui allait devenir MA référence sur bien des sujets. Et bien évidemment, c’est essentiellement autour du jardin que cette fascination allait le plus s’exprimer.
Le terme «grâce» mentionné quelques lignes auparavant est d’ailleurs loin d’être employé à mauvais escient. Si, pour cet avant-propos, je devais qualifier rapidement ce que peut être un jardin japonais, je dirai que Grâce (justement), Équilibre, Raffinement, Délicatesse, Sobriété, Harmonie et Apaisement pourraient être les facteurs communs à ce qui fait qu’un jardin devient japonais ou pas… où comme je préfère à le dire, ce qui fait qu’un jardin prend une couleur nipponne.

Adachi garden
Jardin du Musée Adachi Préfecture de Shimane Japon classé depuis 9 années consécutives comme étant le plus beau jardin du Japon

Car ne nous y trompons pas, je reste très modeste quant à mes capacités à réaliser un jardin japonais. Pour être plus exact, je préfère dire que «je fais du jardin D’INSPIRATION japonaise» et non du jardin japonais.
Je ne suis qu’au bord du chemin qu’empruntent toutes celles et tous ceux, qui un jour, tombent sous le charme de la création paysagère japonaise. Plus encore, je ne peux prétendre maîtriser ce que les Maîtres Paysagistes du pays du soleil levant ont acquis depuis tant de générations.

Pourtant, je ne peux nier le fait que mon vécu de « jardinier » m’a largement fait progresser sur ce domaine qu’est le jardin japonais (ou d’inspiration japonaise). Depuis cette fameuse claque, l’expérience acquise m’a permis d’être là ou j’en suis actuellement. À savoir ce petit bout de terrain d’environ 100 mètres carrés d’une maison dite 1930 en métropole lilloise, et que je dédie entièrement à la création d’un petit coin de Japon. Du moins, et à mon très humble avis, ce que mes yeux pourraient percevoir comme pouvant être un petit coin de Japon.

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Août 2006
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Juillet 2014 : le travail n’est pas fini !

Ainsi, le but de ces pages sera de partager en toute humilité mes connaissances sur le sujet et, je l’espère sincèrement, de tenter d’éveiller chez certaines et certains une curiosité à l’égard de ces jardins qui me tiennent tant à cœur.
Au fur et à mesure des articles, divers sujets seront abordés, comme par exemple les éléments qui constituent le jardin japonais, les végétaux pouvant entrer dans sa composition, ce qu’est vraiment le jardin japonais, loin du stéréotype couramment répandu… et bien d’autres choses encore.

Les jardins, tout comme le jardinier qui les conçoit, les réalise, les entretient et les fait vivre, peuvent être comparés à l’existence humaine : ils naissent, grandissent, évoluent, s’enrichissent par leurs vécus respectifs… mais ne s’achèvent réellement jamais. Encore aujourd’hui, j’apprends et suis en perpétuel apprentissage.
Mon jardin évolue, change parfois, au même rythme de mes nouvelles connaissances. Je ne fais que débuter un chemin qui a été commencé depuis fort longtemps… par les maîtres jardiniers japonais.

JL