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Les porcelaines Qing

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Sous les Qing, trois empereurs, Kangxi, Yongzhen et Qianlong, grands buveurs de thé et amateurs éclairés de porcelaines, vont contribuer largement à l’art du thé et de la céramique. Dès 1682, Kangxi (1662-1722), le contemporain de Louis XIV et son émule par l’impulsion qu’il donne aux arts, restaure la ville de Jingdezhen partiellement détruite par les troubles du début de la dynastie. En 1699, l’empereur ouvre également le port de Canton au commerce étranger et quelques années plus tard, il autorise la Compagnie anglaise des Indes et la Compagnie hollandaise des Indes Orientales à y fonder des comptoirs. A la même époque, L’Amphitrite, le premier navire français à faire le voyage jusqu’à Canton, rapporte de Chine une précieuse cargaison de porcelaines qui fait l’objet d’une grande vente aux enchères à Nantes, en octobre 1700.

La production céramique, stimulée par l’exportation, va dès lors culminer à Jingdezhen, pour décliner ensuite à partir du milieu du XVIIIe siècle jusqu’à l’incendie de la manufacture impériale en 1853, pendant la révolte des Taiping, qui interrompt l’activité des fours.

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Sous le règne Yongzhen (1678-1735), fils de Kangxi, apparaissent les précieuses porcelaines « coquilles d’oeuf » , de délicates tasses d’une finesse extrême servant à la cour et dans les milieux aisés à la dégustation des thés les plus subtils. Sous Qianlong (1736-1796), les potiers découvrent de nouveaux émaux pour peindre en relief avec minutie, des motifs de fleurs, d’oiseaux ou d’insectes : cette nouvelle porcelaine aux couleurs très douces, « la famille rose » connue en Europe sous le nom de « pourpre de Cassius », se développe  simultanément à la « famille verte » et à la « famille noire », toutes deux très appréciées des collectionneurs européens.

Extrêmement abondante, la production Qing atteint un niveau de perfection technique incomparable. Les céramistes chinois, contrôlant parfaitement l’alchimie des oxydes métalliques, sont capables de réaliser toutes les teintes et leurs dégradés. Ce goût de la couleur qui domine toute l’époque Qing finit d’ailleurs par éclipser la mode du « bleu et blanc », remplacé par des tons nouveaux, brillants ou transparents, mats ou opaques, superposés, tachetés, soufflés, flambés, mélangés… Tous les problèmes techniques des époques antérieures semblent résolus : les argiles sont minutieusement raffinées, les émaux et les couvertes épurés, le feu totalement maîtrisé. L’élégance, les proportions harmonieuses et la sobriété des céramiques Ming cèdent la place, sous les Qing, à l’exubérance et l’opulence des décors.

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Les plus belles porcelaines se rattachent à l’art de la peinture contemporaine par le sens de la composition, la précision du trait, l’harmonie délicate des couleurs, posées d’un coup de pinceau habile et sûr.

Katrin Rougeventre pour UNAMI Maison de Thé