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Les secrets de la porcelaine chinoise

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Jingdezhen : service à thé Photo Clément Ledermann

 Jingdezhen,  capitale de la porcelaine chinoisesceau-de-la-manufacture-de-jingdezhen

Le village de Gaoling 高龄 situé dans le nord-est de la province du Jiangxi, produit de la céramique depuis les temps les plus reculés. C’est de ses collines alentours que provient la fine argile blanche, le kaolin (prononciation dérivée du chinois Gaoling), une matière indispensable à la porcelaine. Lorsque Zhenzong (997-1022), le troisième empereur Song  passe une grosse commande de porcelaines pour l’usage de la cour, il ordonne que chaque pièce porte la marque impériale « Jingde » indiquant le titre de son règne. A cette occasion, il rebaptise le village Jingdezhen  景德镇 « bourg de Jingde ». C’est sous ce nom que la petite ville provinciale du Jiangxi devient à partir du XIIe siècle, le plus grand centre porcelainier de Chine.

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Un artisan à « Gaoling » Chine 2004 JBB

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Déjà réputée sous les Tang (618-907) pour la qualité de ses porcelaines blanches, Jingdezhen monte vite en puissance pour atteindre sous la dynastie Song (960-1279) le statut de centre national de la porcelaine. L’expertise de ses potiers culmine avec le « bleu et blanc » des Ming (1368-1644), puis à nouveau sous les Qing (1644-1911) avec les pièces polychromes.

Les archives des Ming dénombrent à Jingdezhen près de 300 manufactures, d’état ou privées :  à tel point que « le ciel est envahi par la fumée blanche le jour et embrasé par le reflet des flammes la nuit » disent les Chinois. La rénovation de la structure des fours qui passent de la forme dite « en pain à la vapeur » à la forme « en œuf de cane » permet d’accroitre les quantités par fournée et d’améliorer la qualité des pièces. Le développement de la navigation maritime et l’exportation dopent à leur tour la fabrication porcelainière qui connait un essor sans précédent.

En 1712, quand le Père d’Entrecolles, missionnaire de la compagnie de Jésus, visite Jingdezhen, il est impressionné par l’ampleur de la production et l’organisation de la cité. A l’époque de sa visite, la France n’a pas encore percé le secret de la porcelaine dure. Il va être le premier à décrire l’ensemble des techniques de fabrication et à rapporter de son séjour à Jingdezhen les précieux échantillons de kaolin. Dans une de ses lettres, le Père constate que « la ville est sans enceinte, ce qui lui permet de s’étendre et de s’agrandir à volonté et facilite la manutention des matières premières et des marchandises. Jingdezhen compte dix-huit mille familles, de gros marchands et une multitude prodigieuse d’ouvriers, soit plus d’un million d’âmes qui consomment chaque jour plus de dix mille charges de riz, et plus de mille cochons. Capitale de la porcelaine, la ville est située dans une plaine entourée de hautes montagnes. Deux rivières l’arrosent, avec sur la plus grande des deux, un grand port où s’alignent à la queue les unes des autres jusqu’à deux ou trois rangs d’embarcations ».

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Intérieur d’un ancien four de cuisson Jingdezhen 2004 JBB

La richesse de la ville repose entièrement sur la manufacture de la porcelaine qui  fournit du travail à l’essentiel des habitants et des populations alentours. On emploie « les jeunes gens, les personnes les moins robustes et jusqu’aux aveugles et aux estropiés qui gagnent leur vie à broyer les couleurs ». « Trois mille fours y brûlent à longueur d’année, donnant la nuit des impressions d’incendie gigantesque ». Les embrasements n’y sont d’ailleurs pas rares mais les maisons brûlées sont immédiatement reconstruites par la multitude de charpentiers et de maçons qui travaillent en ville. Le père d’Entrecolles détaille également l’ensemble du processus de fabrication de la porcelaine chinoise, de l’acheminement des matières premières par le fleuve, en passant par le foulage du kaolin et petuntse, le façonnage et la cuisson des pièces, et jusqu’au transport des commandes vers la cour impériale à Pékin ou vers Canton, leur port d’embarquement pour l’Europe. Ces renseignements seront d’une importance capitale pour les céramistes français quand, en 1768, ils découvriront à Saint-Yrieix-La-Perche en Haute Vienne,  des gisements de kaolin.

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Cheminée de four Jingdezhen en 2004 JBB

Mais c’est autre histoire, celle de la porcelaine française.

Katrin Rougeventre©

Tandis que partout en Chine, dans les régions théières, l’art de la céramique renaît de ses cendres. Fidèles aux vieilles techniques locales, les fours de Jingdezhen ont repris leurs activités. Ils ont réussi à reconstituer les 70 précieuses nuances de glaçures traditionnelles et à créer 40 nouvelles teintes….

Katrin Rougeventre pour UNAMI Maison de Thé

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