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Yixing, 宜兴 « La capitale de la poterie »

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 Jarres à vin en argile crue

Dans la province du Jiangsu, à quelques dizaines de kilomètres de Shanghai, s’étend la ville de Yixing 宜兴 qui étire ses quartiers modernes et ses bourgs anciens en bordure du Grand Canal, sur les rives ouest du lac Tai. C’est pour les Chinois, la « capitale de la poterie ».

Stratégiquement située au carrefour de trois provinces, le Jiangsu, l’Anhui et le Zhejiang, elle se trouve au cœur d’un triangle d’or du thé, un domaine parmi les plus riches de Chine, à la fois par son économie et sa culture. L’art du thé y est profondément enraciné depuis les époques les plus anciennes, associé aux écoles de lettrés, aux thés du tribut, très nombreux dans la région, et surtout à l’art céramique. Car Yixing profite d’une extraordinaire richesse : d’énormes réserves de terre kaolinique qui lui permettent de fabriquer depuis des siècles, ces grès bruns plus ou moins foncés, à l’origine de sa renommée.

Dingshuzhen,  un  bourg de potiers, au milieu des carrières d’argile.

Yixing se concentre là, au milieu des carrières d’argile, autour des petites villes de Dingshan et Shushan, qui portent respectivement le nom des deux principaux centres d’extraction de la fameuse « terre de Yixing ». Regroupées depuis 1950 sous l’appellation Dingshuzhen ou « bourg de Dingshu », elles restent le cœur de la production céramique, concentrant la majorité des sites de fabrication.

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« La maison du potier »

Il suffit de flâner au hasard des rues pour mesurer le poids de cette activité sur l’économie locale. Partout on rencontre des potiers à l’ouvrage ou, au bout d’une cour, une manufacture en pleine activité, ou une autre désaffectée, et qui semble abandonnée au milieu de piles impressionnantes de pots et de jarres. Les céramiques cassées et les rebuts s’accumulent un peu partout dans le bourg, souvent récupérés et réutilisés, ici pour monter le mur d’une habitation, là pour cloisonner un jardin.

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Rebuts de céramiques ré-utilisés pour la construction

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 Situé dans la périphérie de la grande agglomération moderne de Yixing, et sillonné par de nombreux axes du Grand Canal, le bourg de Dingshu compte plus d’une vingtaine de manufactures.

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Les potiers

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Elles se sont spécialisées chacune dans un type de céramique : tuiles vernissées pour les toitures, jarres à vinaigre, jarres à vin, marmites indispensables à la préparation de la cuisine régionale du Zhejiang, « potiches dragon » de toutes tailles, jarres à poissons rouges et pots de fleurs, tous fabriqués en grès de Yixing. Ces pots sont perméables aux gaz et absorbent l’humidité. Les racines des plantes n’y pourrissent donc pas ! L’ensemble ces réalisations s’acheminent, depuis toujours, par voie fluviale via le Grand Canal, vers les plus grandes métropoles du nord et du sud. La grande majorité de la population du bourg travaille et dépend directement ou indirectement de cette industrie potière.

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Dingshuzhen : Jarres abandonnées près d’une usine désaffectée

Des proto-céladons à la Terre violette.

Berceau des fours à hautes températures, l’ancienne Yangxian (aujourd’hui Yixing) des Han (206 av. J.-C. –  220 ap. J.-C.) produit déjà des grès, les célèbres grès de Yue (ou proto-céladon) à couverte feldspathique gris-vert, les ancêtres des céladons. Les premiers grès élaborés avec les sables de Yixing ou zisha 紫砂, la fameuse Terre violette, datent probablement des Song (960-1279). Mais ce sont les Ming qui vont donner à Yixing une véritable impulsion, avec la production de mille et unes ravissantes théières et accessoires pour le thé. Sous les Ming en effet, la mode des « Rassemblements Élégants », véritables rendez-vous de lettrés, bat son plein. Le thé est désormais en feuilles et nécessite pour sa préparation des ustensiles nouveaux comme le gaiwan 盖碗, bol à couvercle, ou la théière.

Pour répondre à l’évolution des modes de préparation, les céramistes des fours impériaux de l’époque inventent toutes sortes de théières qui rivalisent de délicatesse et rehaussent la couleur du thé. La Terre de Yixing, douce comme le jade et aussi fine que la porcelaine,  suscite rapidement un enthousiasme extraordinaire.

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La créativité audacieuse des maîtres potiers, leurs prouesses techniques, et aussi les qualités plastiques de cette argile particulière contribueront à son succès et à sa renommée, en Chine d’abord,  puis dans le monde entier.

Texte de Katrin Rougeventre, pour UNAMI Maison de Thé, auteure de l’Empire du Thé, Éditions Michel de Maul
 

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