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La Boston Tea Party : la naissance d’un pays !

Les ultra-conservateurs américains ont repris le nom de la Boston Tea Party pour en faire le symbole de leur mouvement. Mais qu’était donc à l’origine cette fameuse Tea Party, qui a laissé une trace si importante dans l’histoire américaine ?

Le thé a connu un rapide succès en Amérique du Nord, devenant le troisième produit le plus importé dans ce qui était encore une jeune colonie. Sur la côte nord-est de l’Amérique, le thé était très populaire depuis les années 1650. En réalité, avant d’être répandu en Angleterre, il y recueillait probablement déjà tous les suffrages des bourgeois hollandais de la Nouvelle-Amsterdam, qui pris le nom de New-York en 1674. Durant les années 1760, l’Amérique importait plus d’un million de livres de thé par an, la plus grande partie passée en contrebande pour éviter les taxes dissuasives imposés par la Couronne. Cela au profit de la puissante Compagnie des Indes Orientales britannique, qui était alors mise à mal en Europe par la concurrence étrangère et cette contrebande, et qui ne pouvait qu’accueillir à bras ouverts de nouveaux marchés où elle aurait les coudées plus franches. La Compagnie a pu écouler  ses surplus en Amérique et faire de juteux bénéfices.

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La signature d’un Tea Act lui permit ainsi d’obtenir fermement le monopole de la vente de thé en Amérique. Les événements de la « Boston Tea Party » de décembre 1773 eurent lieu en opposition à cette domination abusive de la Compagnie, et marquèrent dans le même temps le début de la guerre d’indépendance américaine. Des navires anglais furent pris d’assaut durant la nuit par des « patriotes » américains déguisés en indiens, et les caisses de thé stockées sur les bateaux furent rejetées en mer. La même action fut reproduite dans d’autres ports américains, provoquant de rapides représailles de la part de la couronne britannique. Dans la réalité, ils semble que ces actes de rébellion n’aient pas été si massifs que la légende le raconte, mais ils sont néanmoins devenus un symbole de la libération américaine du royaume britannique et donc de la naissance des Etats-Unis d’Amérique.

 

Catherine de Bragança, the tea drinking Queen ?

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Catarina de Bragança, Princesse du Portugal, épousa Charles II d’Angleterre en 1662 pour favoriser l’indépendance du Portugal vis à vis de l’Espagne. Il est très probable que ce soit elle qui ait introduit le thé, Chà en portugais, à la cour d’Angleterre, car il était déjà consommé à la Cour portugaise.

Shocking ! Mais historique ! Dans sa dot de mariage, l’infante a apporté à l’Angleterre deux colonies portugaises  qui jouèrent un rôle important par la suite dans le commerce du thé par les anglais, la ville indienne de Bombay, et celle de Tanger ; l’accord de mariage stipulait encore qu’au cas où les Portugais réussissaient à reprendre l’île de Ceylan aux Hollandais, ils devraient partager avec l’Angleterre le traitement de la cannelle.

A l’occasion d’un anniversaire de la Reine, Edmond Waller, historiographe de la Cour, signa ce poème :

Du thé, préconisé par sa Majesté
Venus a sa myrte, Phoebus ses lauriers.
Le Thé qu’Elle entreprend de louer les deux surmonte,
la meilleure des Reines et la meilleure des herbes nous les devons
à l’intrépide Nation* qui ouvrit le chemin du plaisant Pays
du Soleil Levant, dont nous apprécions les riches produits.
Le Thé, ami des muses, en chassant les vapeurs
qui emplissent nos esprits, assiste notre imagination
et maintient ce Palais de l’âme en quiétude sereine,
à même de saluer, en son anniversaire, la Reine.

L’histoire du thé, les origines

Nous avons précédemment évoqué les légendes dédiées à la naissance du thé. Maintenant, place à l’histoire ! Moins poétique mais tout aussi mystérieuse !
En effet, l’apparition de la culture et de la consommation du thé reste relativement méconnue. On sait cependant que les premiers théiers sauvages proviennent de la zone subtropicale englobant les confins de la Chine, de la Birmanie et du Laos.


Le thé comme aliment

Avant même le développement d’une véritable culture du thé, les théiers sauvages sont utilisés dans l’alimentation, et le thé reste d’ailleurs un ingrédient culinaire jusqu’aux Tang (618-907). Il est utilisé comme un légume amer, qu’on fait sauter. Il sert également à la préparation d’une mixture qui se rapproche de la soupe, et  dans laquelle on ajoute du sel, des oignons…

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Brique de Pu Er cuit

C’est probablement entre le VIe et le Ve siècles avant notre ère que se met en place la culture du thé proprement dite, d’abord dans les régions montagneuses du Yunnan et du Si Chuan, au sud-ouest de la Chine, puis également dans d’autres provinces chinoises, au sud du fleuve Yang Zi. Le thé sous forme de boisson apparaît au Si Chuan, entre le IIe siècle et le Ier siècle. Les feuilles sont compressées en briques, gâteaux ou galettes, qu’on fait chauffer pour en prélever des miettes, qui sont ensuite mises à bouillir et agrémentées d’épices, de gingembre, ou encore de sel, d’oignons… Bref, un goût encore très éloigné du thé comme on l’entend aujourd’hui !

Une potion presque magique !

On prête alors déjà au thé de nombreuses vertus médicinales, comme celles de soigner les maux de tête, de faciliter la digestion, ou même d’allonger l’espérance de vie…Une véritable potion magique ! Néanmoins, au fil du temps, le thé perd son caractère purement médicinal ou alimentaire. Célébré par les poètes, il est dégusté pour le plaisir et l’on considère qu’il favorise la paix du corps et de l’esprit.

De nos jours, les diverses grandes vertus du thé sont de nouveau mises presque sur un pied d’égalité. Le thé est consommé aussi bien comme une boisson détente, comme un petit plaisir quotidien, que comme un breuvage bénéfique pour la santé. L’aspect culinaire retrouve également une certaine popularité, les chefs rivalisant d’imagination pour intégrer le thé dans leurs créations. Par-delà les siècles, les différents visages du thé, plus ou moins présents au gré de l’évolution de sa consommation, sont donc finalement parvenus à fusionner en harmonie, pour le plus grand bonheur des amateurs !

Valérie Douniaux

La légende du thé

Pour ce premier article de notre série sur l’histoire du thé, plongeons-nous des siècles en arrière, à la recherche des origines de cette plante aux multiples vertus. Plutôt mystérieuse, la naissance de la consommation du thé a donné lieu à l’apparition de nombreuses légendes, dont voici les deux plus célèbres.

Shen Nong, le divin agriculteur

C’était il y a plus de deux mille ans avant J.-C.. L’empereur mythique chinois Shen Nong, le « divin agriculteur», décida un jour de faire bouillir de l’eau pour étancher sa soif, pendant une halte au pied d’un théier. Quelques feuilles se détachèrent de l’arbuste pour tomber dans le récipient contenant l’eau destinée au souverain, et le goût qu’elles apportèrent au liquide séduisit tellement Shen Nong qu’il ordonna la culture de cette plante à la saveur si subtile.
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Ce récit est peut-être une légende, mais il rappelle l’usage, toujours pratiqué en Chine, de faire chauffer l’eau avant de la boire. En effet, la médecine chinoise attribue (avec justesse) à l’eau chaude des propriétés bénéfiques pour la santé. Shen Nong est lui-même considéré comme le père de la médecine chinoise et serait l’auteur du premier traité écrit dans cette discipline. On dit qu’il testait sur lui les plantes qu’il découvrait et qu’il aurait ainsi un jour absorbé soixante-douze poisons, dont le thé aurait dissipé les effets néfastes !

Bodhidharma, le thé spirituel

Une autre légende, plus répandue au Japon, met en scène le prince et moine indien Bodhidharma (Ve-VIe siècles). Souvent représenté sous les traits plutôt sévères d’un homme hirsute, à l’épaisse barbe et aux sourcils broussailleux, Bodhidharma est considéré comme le fondateur de l’école bouddhiste chinoise ch’an, qui est devenue le zen au Japon. Bodhidharma, ayant fait vœu de rester plusieurs années à méditer sans dormir, se serait coupé les paupières pour se punir d’avoir failli à sa promesse. Le premier théier aurait poussé là où sont tombées les paupières princières…

Probablement inspirée par la forme des feuilles de thé, qui pourrait évoquer celle de paupières, cette légende est également, comme la précédente, révélatrice de certaines réalités de l’histoire et de la consommation du thé, et rappelle que ce sont les moines zen, de retour d’études sur le continent chinois, qui ont importé dans l’archipel cette plante qui allait devenir si prépondérante dans la culture japonaise.

Dans les deux cas, histoire et légende se mêlent donc pour tenter d’apporter des réponses au mystère de l’apparition du thé dans la pharmacopée et la culture chinoise puis japonaise. De beaux récits, qui prouvent une fois encore la place majeure du thé en Extrême-Orient, et qui apportent une touche de rêve bienvenue dans notre société contemporaine, aux modes de consommation devenus bien plus prosaïques.

Valérie Douniaux