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Mon jardin Japonais (3)

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Kyôto street Niwakis de pins et de juniperus octobre 2011

Octobre et Mai, deux mois essentiels pour les pins !

Je l’ai abordé lors du post précédent : la taille est un élément essentiel dans la réalisation d’un jardin d’inspiration Japonaise (je ne le répèterai jamais assez souvent : je ne prétends absolument pas faire du Jardin Japonais). Et dans cette particularité liée à ce type de jardin, deux tailles coexistent et sont indissociables.
Celle dite de formation, et celle d’entretien.

Cette dernière consiste à avoir une action sur le niwaki afin d’obtenir une densification des masses de végétation. L’objectif étant d’avoir le graphisme si particulier du jardin nippon : des arbres avec une végétation en bout de branche, traduisant la maturité de sujets anciens et vénérables, alors qu’il n’en ont pas la réelle longévité.

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Niwaki de pin Keitaku-en garden Tennoji Park – Osaka

Le pin est sans nul doute le sujet majeur d’un jardin dit Japonais.
Il est même indispensable dans la création d’un tel tableau si l’on se réfère au SAKUTEIKI, la «Bible» en matière de création de Jardin Japonais. Ce livre, rédigé durant la période dite Heian (un peu l’équivalent de notre moyen-âge), est la première trace écrite sur le sujet du jardin. Et cet arbre y est mentionné comme étant un élément incontournable du jardin.
Ainsi, «à en juger par de nombreuses références littéraires, description de peintures et découvertes archéologiques, nous pouvons constater que certaines plantes étaient favorisées dans les jardins Heian. Parmi les arbres à feuilles persistantes, les pins rouges et noirs étaient plantés sur les îles et le long des points d’eau» – SAKUTEIKI, Une traduction moderne du jardinage japonais classique, Visions du Jardin Japonais de Marc Peter Keane.

Puisque le pin est l’une des essences importantes du jardin Japonais, je parlerai donc dans ce post de la manière dont on obtient les plateaux et coussins d’aiguilles.

Il y a deux périodes très importantes pour les pins dans ce que nous appelons la taille d’entretien : le printemps et l’automne.
Ainsi, pour les pins, octobre est un mois essentiel qu’il ne faut pas négliger… dans la mesure du possible. Car en octobre, il y a tant à faire au jardin (toutes les dernières tailles avant l’hiver et le repos végétatif, les feuilles des caducs à ramasser, le nettoyage des mousses, le bassin à préparer pour traverser l’hiver paisiblement…). Novembre demeure envisageable pour réaliser cette taille, mais il ne faut pas tarder.

La taille d’octobre sur les pins est appelée momiage. Elle vient en complément de la taille dite midori tsumi qui se pratique en mai.
Le momiage a pour but de générer une densification de nouveaux bourgeons. Nouveaux bourgeons qui devront être alors «éclaircit» par la taille… dite midori tsumi. Les deux tailles sont indissociables, on le voit bien.

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Au jardin niwaki en cours de formation Pin Blanc du Japon avant et après momiage

Le momiage a également pour but de permettre à la lumière de pénétrer jusqu’aux branches les plus basses, et ce afin d’éviter l’allongement de celles-ci de façon «incontrôlées». Mais aussi de maintenir un graphisme esthétique des plateaux et coussins. Sans cette opération qui permet à la lumière de pénétrer au coeur de l’arbre, les aiguilles jaunissent et pour finir tombent, ne laissant plus qu’une structure porteuse dégarnie, disgracieuse.

Cette taille d’octobre consiste à retirer les aiguilles pour n’en laisser que 4 paires au minimum sur chaque branche.
Cela peut paraitre drastique, car avec nos appréhensions sur le sujet de la taille, on pourrait croire mal faire.
Mais il n’en est rien. Dans le but qui nous est fixé, cette opération est même indispensable.
Pour ce faire, il suffit juste de tirer sur les aiguilles jusqu’à obtenir le nombre voulu à conserver.
C’est une opération longue et délicate qui ne peut se faire que manuellement. On tire sur les aiguilles. En aucun cas on coupe (sécateur et ciseaux restent rangés). Et puisqu’il s’agit de retirer les aiguilles des pousses de l’année, là aussi on parle de délicatesse, car les branches porteuses sont encore fragiles.

Comme beaucoup de choses au Japon, patience et temps font référence. La taille n’échappe pas à cette règle.

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Détail d’un momiage de branche
[avant, puis après l’élimination des aiguilles]

La taille de mai est appelée midori tsumi. Elle vient en complément de la taille décrite précédemment Là, il s’agit de tailler les bourgeons. On parle également de pincer (bourgeons ou chandelles).
Cette expression vient du fait que cette opération peut se faire là aussi manuellement, en pinçant entre le pouce et l’index une chandelle pour en retirer les deux tiers. Mais encore faut-il que le bourgeon soit encore mou, qu’il n’ait pas eu le temps de se lignifier. Personnellement, je préfère, et de loin, utiliser le sécateur Ki-Basami (voir la première partie du post de mai : les outils). Il me permet des coupes nettes et précises.
Cette action a pour but de favoriser une seconde pousse dans l’année. Ainsi, en «forçant» cette réaction du végétal, on obtient une densification plus rapide des plateaux, en jouant sur les réactions faisant suite à la taille momiji en lien avec la taille midori tsumi. Une dualité indissociable.

Lorsqu’on retire en pinçant ou en coupant un bourgeon de ses deux tiers environ, il faudra veiller à ne pas couper les aiguilles restantes. Là aussi, il s’agit d’une opération qui demande patience et minutie.
Au jardin, chaque taille me prend au moins deux heures. Et les sujets ne sont qu’au stade initial de leurs mises en forme…

Avec pour objectif d’approcher les splendeurs que j’ai pu voir dans les temples et jardins du Japon.

Jean-Luc

 

evolution branche pin

Tailles sur un pin : midori tsumi et momiage.

Ce schéma tente d’expliquer ce que les tailles ont pour effets sur la branche de l’arbre

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Pin noir du Japon – Kyôto octobre 2011
détail de la structuration de la tête,
résultat des tailles pratiquées chaque année

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Niwakis de pins Kamakura Hasedera Temple

Tout est une histoire de taille ! (2)

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Château d’Osaka détail du haubanage d’une branche de pin

Après avoir vu quels étaient les outils à posséder au minimum, voyons maintenant les différentes tailles que l’on rencontre dans la réalisation et l’entretien d’un jardin Japonais.

But de la taille
Malgré certaines croyances, ce n’est absolument pas pour remplir de végétaux «architecturés» l’espace clos qu’est le jardin que l’on taille. Du moins, pas seulement. Si on ne considère que cet aspect des choses, on risque fort de tomber dans le stéréotype. Au final, l’esprit n’y est plus, on tombe dans le piège d’un quelque chose qui n’a rien à voir avec le jardin Japonais.
L’exemple de ce diplomate Anglais qui avait voulu montrer son jardin qu’il percevait comme Japonais à un Ambassadeur Nippon est éloquent. Ce dernier l’avait complimenté en lui disant que son jardin était somptueux, et qu’il n’y avait rien de semblable au Japon.
Tout est dit !
Pour autant, la taille dans un jardin Japonais est d’une réelle importance et n’est pas à négliger. Mais elle ne peut être abordée sans un minimum de compréhension et d’études sur ce que la nature est capable de faire.

Car tout l’esprit du jardin Japonais est bien là : il ne s’agit ni plus ni moins que de retranscrire dans des espaces réduits ce que la nature fait subir au monde végétal. Très près de chez nous, dans le massif du Vercors, sur les côtes rocheuses Corse, mais aussi dans certains parcs naturels français, de magnifiques arbres comme les pins (entre autres) peuvent nous faire penser au Japon. Juste parce que les éléments les ont travaillés comme ces Niwakis dont nous parlons.

Ainsi dans l’acte de tailler, il s’agit de retranscrire… où de suggérer.

Retranscrire, car l’un des buts de la taille est de donner de la maturité à un arbre ou un arbuste qui n’a que quelques années.
Un arbre âgé, en pleine nature, aura été confronté à des tempêtes ainsi qu’à des couches de neige pesantes, déformant sa structure, pouvant lui donner une physionomie tortueuse. Des animaux (insectes, mammifères) qui s’en seront nourri peuvent aussi influencer son aspect.
Ensuite, avec les années, ce même arbre portera ses masses de végétation en bout de branches, résultat de la «mortalité centrifuge» liée au fait que la lumière ne bénéficie principalement qu’au pourtour de l’arbre, et très peu en son centre.

Il en est de même pour les arbustes : ils sont sculptés par les vents, les intempéries et les animaux.

Le but de la taille est donc ici d’approcher ce que l’on peut voir : donner de l’âge à un jeune sujet, le faire paraître ancien, et, pour les arbres, concentrer les masses de végétation sur les extrémités.
La taille n’est qu’une copie plus ou moins chanceuse, une reproduction de ce que la nature parvient à faire durant de nombreuses années.

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Niwaki d’érable Jardin Albert Kahn Boulogne Billancourt

Avec l’expérience, on en vient même à magnifier ce travail de formation. Mais c’est un champ réservé aux experts…
ce que je ne prétends pas être.

Suggérer aussi, car en fonction de la répétition des coupes promulguées, on pourra, par exemple, illustrer un arbre ou un arbuste balayé par les vents violents d’une côte maritime.
Cette suggestion est on ne peut plus vraies dans le Karesansui, ou jardin sec – jardin dit «zen» en occident, mais qui n’a pas ou peu de sens pour les Japonais –  car tout dans ce type de jardin est métaphore. Mais là, nous sommes face à l’utilisation de pierres, gravier et mousses, un sujet que nous verrons ultérieurement, dans un autre post .

Un autre aspect non négligeable de la taille est de contenir.
Le jardin est un espace réduit, d’autant plus dans nos jardins de ville. Il est nécessaire pour des raisons évidentes de règles de savoir vivre et de bon entente avec son voisinage de tenir à taille raisonnable les arbres et arbustes qui sont plantés. La taille Japonaise est la meilleure façon de répondre à ces exigences, alliant judicieusement obligation et beauté d’un sujet formé, basé sur l’esthétisme Nippon.
Ce maintient évitera de devoir saccager un arbre parce qu’il sera devenu trop imposant, devenant une gêne, parfois même un danger potentiel. En intervenant régulièrement sur la physionomie du végétal, cela permet d’éviter le massacre à la tronçonneuse que l’on peut constater de plus en plus souvent.
Une agression non seulement pour une harmonie qui aura mis tant de temps à se créer, mais aussi et surtout une agression réelle pour l’arbre, pouvant le mettre sérieusement en péril.

Les Tailles

Il existe plusieurs types de taille. Et chacune d’entre elles exige une technique qui lui est propre.
Ainsi, la taille d’entretien des coussins d’un Niwaki, même si elle peut parfois s’apparenter à la taille d’entretien d’un Tamamono ou d’un Karikomi, est bien spécifique et demande l’utilisation d’outils qui ne seront pas les mêmes que ceux, par exemple, pour pincer les bourgeons des pins.
Cependant, il ne s’agit absolument pas ici de dispenser un cours magistral sur la taille Japonaise.
Pour cela et si vous vous sentez prêt(e)s à apprendre ce qu’est la taille Japonaise, il existe en France quelques personnes qui ont les compétences pour le faire : des connues ou «encensées» par certaines presses (comme l’ancien collaborateur d’Eric Borja, Christian Coureau) et des moins connues, comme Frédérique Dumas mais qui, à mon sens, détient un VRAI savoir sur ce qu’est la taille traditionnelle Japonaise [ elle m’a dispensé plusieurs stages de très grande qualité ].

La taille du Niwaki
Dans la création d’un Niwaki, il y a deux types de taille : celle de formation, et celle d’entretien.
La taille de formation est celle qui donne et dévoile le caractère du sujet. Le but est de trouver «l’esprit» de l’arbre et de le mettre en valeur : les branches inutiles qui perturberaient le graphisme sont supprimées pour ne garder que les plus prometteuses.
Ensuite, un haubanage est nécessaire pour donner l’impression de maturité. Un arbre jeune a les branches qui portent vers le haut, tandis qu’un sujet vénérable et ancien, par le poids, par les affres du temps, les voient penchées vers le bas. Là est le but réel de ce que beaucoup perçoivent comme étant une torture. À l’aide de cordes (de fil de cuivre pour les bonsaïs) et de cannes de bambou, il s’agit bien de donner cette inclinaison propre aux vieux arbres majestueux. Avec le temps, les haubans seront supprimés, en fonction de ce que l’on appelle la lignification du bois des branches. En gros, la capacité à une branche à rester dans la position recherchée. Selon la variété du Niwaki, la lignification exigera plus ou moins de temps (2 ans pour un pin, même si au Japon, on peut rencontrer certains d’entre eux, matures, qui conservent leurs entraves)
Enfin, il s’agit de réduire les masses de végétations pour débuter le travail de densification en bout de branche, ou d’allègement du feuillage comme cela se pratique pour les feuillus (les érables pour les plus connus).

Niwaki créé par mes soins chez un particulier première taille de structure et haubanage en juin 2012

Le même Niwaki, trois ans plus tard en juillet 2015 Densification des masses de végétations par un travail d’entretien régulier

La formation initiale du Niwaki est achevée.

S’en suit alors l’entretien, qui consiste à avoir un suivi régulier, voir très régulier selon l’essence utilisée.
Ce suivi passe par la taille dite d’entretien ainsi que par le contrôle des haubans, lorsqu’il y en a. Ces derniers doivent exercer une tension suffisante et continue pour maintenir l’inclinaison voulue, et ils ne doivent pas blesser l’arbre (tout comme pour le cuivre des bonsaïs, les cordes peuvent rentrer dans le bois, marquant de façon irrémédiable et disgracieuse l’arbre).

La taille d’entretien consiste à densifier les masses de végétation par des tailles répétées des «plateaux» et «coussins», ou par la formation des masses d’aiguilles lorsqu’on parle de pin. Très rapidement, la densification opèrera par ce qu’on appelle la réitération, c’est à dire la duplication de la végétation, et le Niwaki prendra très vite son apparence définitive.
Dans le cas des feuillus, la taille d’entretien consistera à maintenir un feuillage léger, comme on peut le voir sur des arbres poussant en forêt. Cette taille est celle que l’on pratique sur des niwakis d’érable (ou tout autre essence de feuillu) poussant dans les jardins dit de Thé (Chaniwa).

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Palais impérial de Tôkyô Niwaki de pin – sujet mature les haubans sont malgré tout conservés

Au bout de plusieurs années de travail de taille, votre Niwaki sera achevé et sera une des pièces maitresse du jardin.

La Taille des Tamamonos et Karikomis
On entend par Tamamonos, les massifs de buissons ayant une forme sphérique. Quant aux Karikomis, il s’agit de buissons conduits en forme «organique».

Là encore, il s’agit de reproduire les effets de la Nature sur les végétaux.

Ainsi, pour la réalisation de Tamamonos, on ne fait que reproduire un arbuste qui pousse isolé et qui subit le climat et les animaux : le vent qui le sculpte, les herbivores qui s’en nourrissent. Et puisqu’il s’agit de copier la Nature, il n’est pas concevable d’avoir des formes en boule, même si hélas, avec l’occidentalisation et l’américanisation grandissante de la société Japonaise, on voit de plus en plus ce genre de chose être mis en place dans des jardins au Japon. Mais là, ce n’est pas la taille traditionnelle.
Pour ce type de taille, le but est d’obtenir une forme en demi-sphère, comme le montre le schéma ci contre. Les plus beaux sujets que l’on peut croiser au Japon se trouvent au Musée Adachi : de superbes Tamamonos, dont les formes sont des exemples parfaits à suivre.

Pour les Karikomis, la forme organique parle d’elle même. Il s’agit d’arbuste dont on copie les pousses en masse de sujets souvent groupés qui, sous le coup des éléments, prennent des courbes toutes en douceur.

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A partir d’un même buis taillé en boule 2 Tamamonos ont possibles

Pour ces deux types de réalisation, les meilleures essences sont assurément le buis commun à petites feuilles ou Buxus Sempervirens, l’azalée (OUI une azalée se taille, et très bien même, pour peu qu’on sache le faire), le Lonicera nitida ou chèvrefeuille arbustif, le houx du Japon ou Hilex crenata. On peut aussi ajouter les bambous nains, le Pittosporum Tobira nana, le fusain du Japon ou Euonymus Japonicus, etc …  Mais avec ces variétés, il s’agit d’apporter du graphisme en jouant avec le feuillage : on créé une dynamique, un rythme dans la création du paysage.

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Superbes Tamamonos d’azalées Jardin du Musée d’Adachi Shimane Japon

Les autres tailles :
La taille traditionnelle Japonaise ne se cantonne pas uniquement qu’aux Niwakis, Tamamonos et autres Karikomis. Toutefois, nous resterons dans un premier temps sur ces essentiels.

Il existe de nombreuses autres formes de taille, qui trouvent leurs justifications selon le type de végétal à former, en prenant en compte ce que pourrait produire le milieu naturel sur celui ci s’il était confronté aux épreuves du climat.
Au final, on peut dire que tout, dans un jardin Japonais, est façonné par la main du jardinier.

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Gauche : Fougères taillées Ryokan Mizuyasu Kyôto

Droite : A l’arrière plan Karikomis d’Azalées Temple Raikyu-Ji Kyôto Japon

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Gauche : Tamamono dans mon jardin (une essence de Lonicera nitida)

Droîte : Azalées sous une autre forme de taille Temple Ginkakuji  Kyôto

Mais celui-ci doit toujours avoir en tête que le but de son travail n’est que de copier l’œuvre de la nature.
Ni plus, ni moins.

Jean-Luc

Jardin Japonais : une histoire de taille !

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Château d’Ôsaka, détail du haubanage d’une branche de pin

Les mois de mai et juin voient les premières tailles au jardin.
D’un certain point de vue, la taille caractérise le jardin japonais. C’est une partie de son âme, qui ne le fait ressembler à aucun autre… bien que cette approche soit trop simpliste et réductrice.
Le jardin japonais est plus complexe que de simples coups de cisailles et ne se borne pas qu’à ça. Il va bien au delà.

Mais on ne peut nier que ces opérations sont essentielles et contribuent au charme de ces espaces de nature méticuleusement reproduite. Les arbres taillés, structurés et contenus en sont les ambassadeurs, et sans nul doute en particulier le pin.

Très curieusement, c’est sur lui que reposent presque toutes les imageries et stéréotypes occidentaux. Chose étonnante qui s’explique peut être par la «mode» des bonsaïs, les vrais !!!

Mais avant d’en arriver à ce résultat si spectaculaire, de nombreuses années de tailles répétées et méticuleuses auront été nécessaires, afin d’obtenir un superbe pin, marqué par le graphisme léger de ses plateaux et «coussins» d’aiguilles. Pour d’autres essences d’arbres, la même patience et la même répétition sont de mise pour obtenir ce que l’on appelle couramment, mais à tort, des  » bonsaïs  » de jardin.

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Kyôto – Palais Impérial divers niwaki de pin

Les outils nécessaires pour bien tailler

L’outillage est essentiel pour pratiquer la taille japonaise ; il ne peut y avoir de résultats probants sans outils adéquats. Pour beaucoup de choses au Japon, la méticulosité et la recherche de perfection sont des facteurs majeurs. Chacun s’emploie à donner le meilleur, à rendre le meilleur de ce qu’il est, mais aussi de ce qui l’entoure. Le jardin n’y échappe pas. Cet état d’esprit s’applique donc tout autant à l’outillage de taille : il faut avoir les bons outils pour la bonne taille.

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Kyôto – Villa Katsura, jardiniers [ niwashi ] à l’œuvre
Avoir les bons outils ne signifie pas uniquement disposer d’une gamme de sécateurs et de cisailles appropriés.
J’oserais dire, qu’avant tout, avoir les bons outils signifie en posséder dans un état irréprochable.

Toutes celles et tous ceux qui ont eu la chance de séjourner au Japon vous le diront, la propreté est certainement ce qui marque le plus les esprits.

La négligence est impensable pour un Japonais. Il est logique que cette règle s’applique également aux outils. Les lames doivent être tranchantes, affûtées, elles doivent permettre des coupes nettes et sans bavures. Car une taille propre permettra une cicatrisation qui disparaitra avec le temps.
Les lames doivent aussi être dans un état de propreté irréprochable, à un point tel que l’on pourrait les croire neuves.
Prenez le temps de bien désinfecter vos outils avec un chiffon gorgé d’alcool à brûler avant de débuter le travail, puis, lorsque vous avez fini, passez les à nouveau à l’alcool, en vous souciant plus particulièrement des articulations mécaniques (les axes et ressorts). Maintenir vos lames comme si vous veniez de les avoir implique qu’il ne doit rester aucune trace de résidus (résines et autres dépôts de taille) et sans aucun coup. Un papier abrasif pour acier en grain fin (type toile émeri pour polissage de carrosserie) imbibé d’alcool est d’une aide non négligeable pour les traces résistantes.

Un tel entretien peut paraître excessif, surtout lorsqu’il s’agit de conserver une lame comme neuve (en fin de journée, on est tenté de ranger et, au mieux, de prévoir l’entretien le lendemain), mais lorsque vous entreprenez des tailles au jardin (qu’il soit japonais ou pas d’ailleurs), gardez toujours à l’esprit que l’un des ennemis du jardin est la maladie cryptogamique, laquelle se cache insidieusement sur les tranchants de nos outils. En ne nettoyant pas, c’est le meilleur moyen de propager les maladies… et de risquer de ruiner pour le coup des années de travail.

Cette préconisation de désinfection est, pour certaines variétés, encore plus vraie. Ainsi, comme pour le buis, il vous faudra désinfecter entre chaque sujet. Car, depuis quelques années, les maladies cryptogamiques, tel le champignon Cylindrocladium buxicola, font des ravages.

D’un certain point de vue, cela peut être vécu comme une contrainte, mais au final, c’est là aussi la recette des beaux jardins, avec des sujets en pleine santé.

Intéressons nous maintenant aux outils à proprement parler.
Comme je le disais quelques lignes plus haut, un minimum d’outils de taille sera nécessaire. Cette palette réduite à sa plus simple expression se composera d’un sécateur, d’une cisaille, d’une scie d’élagage et d’une paire de ciseaux à bonsaï. L’ensemble de ces outils est aisément trouvable dans les magasins spécialisés de bricolage/ jardinage.

019b-BLOG-Jardin juin 2015-montage outils taille classiqueCependant, et puisque le jardin japonais est intrinsèquement lié à la notion de quête de perfection, j’ai abandonné les outils occidentaux pour me payer le haut de gamme : des outils réalisés par des artisans nippons.
Un excès de ma part ? Certainement.
Mais en même temps, et pour avoir utilisé les deux gammes, je peux vous assurer que l’on se retrouve face à deux mondes : d’un côté des outils d’une qualité parfois douteuse, fabriqués à la chaîne et dont le but (quasi unique ?) est de produire à bas coût, même en choisissant les meilleures références – de l’autre, une fabrication traditionnelle produite par des maîtres artisans, qui proposent un acier dont la qualité n’a plus rien à prouver (ce sont avec les mêmes aciers que l’on fabrique les lames des terribles katana), un confort de prise en main incomparable assurant de fait une coupe parfaite. Pour rien au monde je ne reviendrais vers autre chose que du «Made in Japan».

Si certain(e)s d’entre vous étaient susceptibles de se tourner vers ce genre d’outils, sachez que je me suis fourni auprès de madame Frédérique DUMAS via son site marchand http://www.niwaki-et-niwashi.com.
Les prix ne sont pas les mêmes qu’en grande surface, c’est un fait. Mais la qualité est à ce prix, et au final, c’est peu pour ce que c’est, pour l’usage que vous en ferez dans le temps, et le plaisir que ces outils vous procureront à obtenir des tailles parfaites.

Les outils que j’emploie sont les suivants :

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• le sécateur petit modèle, dit sentei basamai – il est particulièrement adapté pour couper les branches des niwaki lorsque je réalise des tailles dites de formation ;
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• le sécateur ciseau petit modèle, dit ki basami – très utile pour la taille des bourgeons des pins, taille que l’on nomme midoritsumi ;

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• le sécateur ciseau type cisaille à une main – parfait pour la taille des plateaux et « nuages » des niwaki, ainsi que pour la finition des karikomi (masses végétales de buis, d’azalées, de lonicera nitida…). Ce sécateur ne peut être utilisé que sur de jeunes pousses de l’année. Sur du bois liginifié, les lames seraient endommagées ;

• toute une gamme de cisailles, appelées aussi karikomi basami, bien adaptées pour la taille des karikomi. En fonction de la longueur des manches et des fers des lames, le karikomi sera plus ou moins grand ;

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• deux scies japonaises d’élagage nokogiri pour la coupe des grosses branches. L’orientation des dents de ce type de scie génère une coupe en tirant, non en poussant comme sur nos scies occidentales. De ce fait, la coupe est plus facile et moins fatigante… donc coupe plus propre. D’un point de vue « esthétique », la blessure occasionnée est franche, nette et sans bavures, facteur d’une cicatrisation future sans traces ;

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• des housses en cuir adaptées à chacun des sécateurs ;

• enfin, qui dit arbre à tailler dit forcément à un moment accès aux parties hautes. Il faudra donc disposer d’au moins une échelle. Comme pour les cisailles, je me suis tourné vers le modèle japonais à trois pieds, car sa conception lui confère une stabilité qui n’existe pas dans ce qui nous est proposé en grandes surfaces (sauf peut être les échelles fruitières qui sont vendues en ligne sur le web).029-BLOG-Jardin juin 2015-IMG_7891
Ces modèles garantissent une meilleure sécurité du fait qu’une échelle à 3 pieds est toujours plus stable qu’un escabeau classique : comme on nous l’apprenait, un plan est défini par 3 points, pas par 4.

Les échelles japonaises conçues pour la taille ont également des pieds réglables. Cette conception permet de corriger les accidents du terrain afin de retrouver une position à niveau : on ne se retrouve plus en situation d’équilibre instable, à la limite de la chute. Un fait qui est loin d’être négligeable.

Il me reste encore quelques équipements à me procurer, comme par exemple les bâches que déploient les niwashi (les jardiniers) sous les arbres et arbustes lorsqu’ils travaillent. Sûrement une nouvelle échelle serait de bonne augure, car il n’y en a jamais assez, ni en nombre, ni en capacité de hauteur de taille possible. Peut-être aussi d’autres cisailles et sécateurs.
Plus la palette d’outils est large, et plus la taille devient facile, pour presque devenir un jeu… au risque de basculer dans une sorte de frénésie à la limite de la collection.

Pour autant, les outils de taille japonais sont bel et bien le top en matière de qualité, tant d’un point de vue matériel à proprement parler, que du point de vue de la technologie mise en œuvre. Ce qui, pour ce dernier point, est paradoxal car nous parlons en quelque sorte de high-tech, cependant issu de savoirs ancestraux transmis de génération en génération.

Mais le Japon n’en est pas à sa première singularité.
Dans le post suivant, nous aborderons la taille en soi, mais sans pour autant donner un cours magistral qui vous permettrait de pratiquer la taille japonaise… du moins pour la création et l’entretien des niwaki.

Jean-Luc

Le réveil printanier du jardin japonais

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Le jardin au sortir de l’hiver 10 avril 2015

Les long mois d’hiver où lesquels la nature marque une pause, rentrant dans une léthargie mélancolique… Certes, cette année comme l’année précédente, cette douce mélancolie propre au manteau blanc qui recouvre parfois nos paysages n’aura pas été très marquée. Juste quelques flocons pour nous le rappeler un trop bref instant. Cependant, rien de comparable avec l’hiver 2012-2013, durant lesquels la métropole lilloise s’est retrouvée projetée dans un décor Vosgien (qui ne se souvient pas des plus de 30cm de neige tombés dans la nuit du 11 mars 2013 ?).

Chaque année, le cycle de la nature reprend ses droits et revient à la vie.
Au passage, il est étonnant de dire que le printemps est un retour à la vie. L’hiver n’est qu’un stade nécessaire, un repos sans lequel le végétal s’épuiserait pour accélérer une fin à laquelle aucun être vivant ne peut échapper.

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Dès mars donc, les premiers signes se font sentir. Au jardin, après la grisaille hivernale, c’est l’Heptacodium de Chine qui ouvre les festivités. Il est le premier à débourrer ses bourgeons, apportant au jardin ses toutes premières touches vertes, comme les délicats coups de pinceau des estampes japonaises.

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Le magnolia du voisin (intégré à la scène avec son accord, puisque les branches disponibles sont taillées), prend ensuite le relais, faisant office de la floraison des cerisiers, moment si essentiel dans le cœur des Japonais.

Début avril, c’est au tour des azalées.

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Ces incontournables des jardins japonais sont les messagères des couleurs à venir qui, dans quelques jours, exploseront pour illuminer de nuances vives notre tableau. Car, contrairement au stéréotype largement véhiculé, le jardin japonais ne se borne pas au simple gravier et à une triste palette de verts.
[  et même dans cette nuance, la palette est très large, permettant un jeu graphique des plus subtils… favorisant alors la relaxation, voire la méditation pour les plus accrocs à la culture traditionnelle des moines bouddhistes zen  ].
Le jardin japonais se veut être le reflet de l’expression de la nature.

Les couleurs présentes sont donc liées à la saison. Mais contrairement au jardin français, contrairement au mixed-border des jardins anglais, elles sont intégrées avec sobriété, subtilité, sans exagération poussée à l’extrême, sans excès de profusion, sans extravagance.
[  la palette déployée joue sur toute son amplitude : on joue sur les gammes de roses, de rouges… mais qui d’un point de vue global, demeure sur une même vibration chromatique. Donc de sobriété  ]

Fin avril marque l’apogée des floraisons au jardin. Jamais celle-ci ne sera aussi abondante.

Au final, le printemps ouvre les portes d’une saison de travail d’entretien, de taille, de nettoyage.
C’est cette succession d’interventions qui donnera le caractère du jardin, reflet de l’âme du jardinier et miroir de sa propre sensibilité.

Jean-Luc

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Jean-Luc